HISTOIRE DE L'AVIATION | Terra REPORTER
Les frères Wright | Terra REPORTER

L'aviation est une activité aérienne qui comprend l'ensemble des acteurs, technologies et règlements qui permettent d'utiliser un aéronef dans un but particulier. Ces diverses activités peuvent être classées en activités de sport et loisir ou activités économiques et activités militaires. Il existe d'autres activités aériennes telles que le parachutisme qui n'utilisent pas un aéronef en tant que tel mais se déroulent néanmoins dans les airs. Le terme « aviation » a été inventé par l'écrivain et ancien officier de marine Gabriel de La Landelle en 1863 dans son livre Aviation ou Navigation aérienne, à partir du verbe « avier », lui-même dérivé du latin « avis » (« oiseau »), et du suffixe « -ation ». Le mot « avion » fut inventé par Clément Ader en 1903.

21

NOVEMBRE

1783

Le vol d'oiseau fascinait déjà nos ancêtres. Nous connaissons tous ces récits de passionnés sautant de tours avec des ailes artificielles attachées aux bras. L'"Homme oiseau" s'écrasait inévitablement au sol. Certains mythes nous parlent de machines volantes encore plus extraordinaires mais seul le cerf-volant créé en chine ancienne, a vraiment pu conquérir les airs. Certains auraient même tenté de s'envoler attachés à des cerfs-volants.


C'est pourtant avec ballons que durent effectués les premiers vols humains. Le 21 novembre 1783, Pilâtre de ROZIER et le marquis d'ARLANDES accomplirent le premier vol libre dans un ballon d'air chaud conçu par les frères Montgolfier. Ils parcoururent 8 kilomètres au départ de Paris, à hauteur de 900 mètres. Parallèlement aux essais des Montgolfier, des expériences avaient eu lieu sur des ballons rempli d'hydrogène, et le 1er décembre 1783, Jacques CHARLES et Noël ROBERT décollèrent de Paris pour la première ascension humain en ballon à hydrogène. Deux ans plus tard seulement, Jean Pierre BLANCHARD et John JEFFRIES effectuèrent la première traversée de la Manche. Le vol en Montgolfière devint une pratique rependue, mais les militaires du XIXe siècle lui trouvèrent un usage pratique, pour transporter des messages ou comme point d'observation. Les ballons, cependant étaient à la merci des vents. Des aéroplanes dirigés et motorisés ne présentent pas cet inconvénient. En 1852, le Français Henri Giffard utilisa un petit moteur à vapeur, réussissant à faire voler un ballon en forme de cigare sur 27 kilomètres.


L'anglais George CAYLEY dut le premier à réaliser de réelles avances théoriques et pratique pour faire voler un enfin plus lourd que l'air. Lors de ses expériences, il étudia l'impulsion créée par différentes ailes en fonction de leur vitesse et de leur angle. Cayley appliqua ses découvertes à une série de planeurs. Son modèle de 1853 permit à son pilote de franchir 450 mètres à Brompton Dale, dans le Yorkshire. Le travail de Cayley influença les pionniers aériens pendant le demi-siècle suivant.


A la suite de Cayley certains des précurseurs tentèrent de construire des machines à moteur, d'autres eurent plus de succès avec des planeurs. En 1890, l'ingénieur Français Clément ADER  affirma que son Eole à vapeur avait volé sur 50 mètres, à une hauteur de 20 centimètres. Puis en 1894, Hiram MAXIM testa un biplan sur rails à vapeur, qui s'éleva brièvement au dessus du sol anglais. Ni MAXIM, ni ADER ni aucun autre partisan des aéroplanes à moteur, notamment l'américain Samuel PIERPONT LANGLEY, n'avait véritablement réfléchi à la manière de contrôler un aéroplane qui volerait réellement (contrairement aux autres pionniers qui s'intéressaient aux planeurs. A leur tête, l'Allemand Otto Lilienthal développa ses talents de pilote en testant une série de 18 planeurs sur plus de 2 000 vols, dont certains dépassèrent 300 mètres), jusqu'à sa mort lors d'un atterrissage forcé, en 1896.


Lilienthal influença le travail de l'ingénieur Américain Octave Chanute, spécialiste des planeurs, qui devint l'ami et le mentor des frères Wright. Ce furent les frères Wright qui réussirent le premier vol motorisé en s'inspirant des planeurs.

  

LES FRÈRES WRIGHT

Le ciel est à tout le monde ! C'est ce que devait penser Santos DUMONT, cet humaniste aviateur, précurseur de la conquête de l'air au début du siècle dernier. Il avait en effet proposé à la Société des Nations d'interdire à toute nation d'utiliser l'espace à des fins de bombardements.



C'était déjà considérer que l'air et l'espace devaient faire partie de notre bien commun tout autant que l'air que l'on respire.



Or il en fut autrement, comme pour chaque invention technologique. Jamais ne fut autant confirmée cette prémonition d'un autre grand précurseur français, Clément ADLER : " Qui aura la maîtrise de l'air, aura la maîtrise du monde ".



Aujourd'hui la station orbitale internationale est à seulement quinze minute de vol et elle fait le tour de la Terre en quatre-vingt-dix-huit minutes, les machines civiles et militaires atteignent un degré de sophistication ahurissant, héritage de plus de cent ans d'aventures humaines faites de génie et de passion.



Vous les retrouverez à travers cette rubrique exceptionnelle qui suscitera, je l'espère, une nouvelle conquête dans l'air et l'espace : celle contribuant au bien de tous et à la protection de cette mince couche d'atmosphère décidément bien fragile.



Aujourd'hui la Terre a plus que jamais besoin d'espace.

Sir George CAYLEY est parfois appelé "le père de l'aviation". Ingénieur et parlementaire, il travailla sur de nombreux projets mais il est surtout connu pour son œuvre pionnière en matière d'aviation : l'élaboration des premiers principes de vol. Sa maquette de planeur daté de 1804 était d'une configuration similaire à celle d'un appareil moderne, avec des ailes monoplan, une queue dotée de stabilisateurs horizontaux et un aileron vertical à l'arrière. Le premier vol humain sur son planeur date de 1853.

Jean-François Pilâtre de Rozier naît à Metz, place forte des Trois-Évêchés, le 30 mars 1754. Il est le quatrième enfant de Magdeleine Wilmard et de Mathurin Pilastre, dit « du Rosier », ancien militaire (sergent du régiment de Picardie) installé comme aubergiste dans le quartier fort Moselle de Metz qui vient d'être construit.


Ses maîtres du collège royal de Metz le jugent étourdi, dissipé, ardent aux plaisirs et rebelle à l'étude. Il préfère étudier la chimie et les sciences naturelles au latin. Alors qu'on le destine à être chirurgien, le théâtre anatomique répugne à l'élève en chirurgie de l'hôpital de Metz, si bien qu'il est placé en apprentissage chez un apothicaire. À 18 ans, il se rend à Paris où il attire l’attention de personnes influentes, notamment de Déodat Gratet de Dolomieu et du duc de La Rochefoucauld qui le présente à Lavoisier et au marquis de La Fayette. En 1780, il part pour Reims assurer des présentations de physique et chimie à l’académie de Reims. Mais il rentre rapidement à Paris, où il est nommé intendant des cabinets de physique, de chimie et d’histoire naturelle de Monsieur, comte de Provence, frère du Roi. Le docteur François Weiss, médecin ordinaire du roi pour le château de la Muette, le prend dans son laboratoire de recherche, lui assure une rente et le destine à prendre sa suite. La veuve du docteur dont il est secrètement amoureux, le fait nommer valet de madame la comtesse de Provence, épouse du futur Louis XVIII qui devient son nouveau protecteur, ce qui permet à Pilâtre de s'adonner à de nombreuses expérimentations (masque à gaz, bougie phosphorique, teinture d'étoffes) et recherches (sur la foudre, l'hydrogène) sans souci financier.


En 1781, il crée le musée de Monsieur, premier musée technique, où il fait des expériences de physique et donne des cours sur les sciences aux nobles. L'inauguration a lieu le 11 décembre 1781.


Pilâtre de Rozier meurt ne laissant aucun descendant.


En 1783, quand les frères Montgolfier arrivent à Paris auréolés des premiers essais à Annonay, le jeune physicien leur offre ses services. Il assiste le 19 septembre au premier vol habité avec des animaux, un coq, un canard et un mouton. Malgré ce succès, le roi ne veut pas prendre le risque d'un vol humain. Pilâtre de Rozier, aidé de Barthélemy Faujas de Saint-Fond, du marquis d'Arlandes et de Marie-Antoinette d'Autriche dont il est devenu un intime, négocie pour qu'il accepte.


En octobre, la nouvelle montgolfière est testée captive avec des cordes de 30 mètres. Le premier essai a lieu le 12, Pilâtre de Rozier participant aux tests du 15 et du 17. Suivent d'autres essais, notamment pour peaufiner et maîtriser l'alimentation du foyer afin de produire l'air chaud. Le premier vol habité a lieu le 21 novembre 1783 à Paris, Pilâtre de Rozier et le marquis d'Arlandes ayant pris place dans la nacelle. Partis des jardins de La Muette (actuel 16e arrondissement, à l'ouest de Paris), le vol dura une vingtaine de minutes jusqu'à la Butte-aux-Cailles (actuel 13e arrondissement, au sud-est de la capitale).


Le 19 janvier 1784, il s’élève à nouveau, à Lyon à bord du Flesselles, une immense montgolfière de 23 270 m3 (celle du premier vol faisait 2 200 m3). Il emmène six passagers, dont Joseph Montgolfier. Le vol est très court.


Au début de 1784, Étienne Montgolfier, ayant récupéré le ballon du premier vol humain, reçoit des fonds du gouvernement pour le réparer et le modifier. Il se trouve chez Jean-Baptiste Réveillon devenu spécialiste des ballons. Étienne, depuis Annonay lui envoie les modifications : le ballon assez proche des montgolfières actuelles, fait 26 mètres de haut pour 5 000 m3 de volume. La partie haute du ballon est faite de peaux fines de mouton (1 540 peaux) pour augmenter la résistance. La partie basse est faite avec la récupération du ballon précédent.


Le ballon est testé en captif dans le courant du mois de mai par le marquis de Montalembert, membre de l'Académie des sciences.


Le ballon devait être emballé et envoyé à Annonay, pour qu'Étienne puisse faire des essais de direction. Mais le roi Gustave III de Suède venait à Paris et avait déjà assisté à un vol, à Lyon, celui de la première femme aéronaute, Élisabeth Tible. Afin de l'épater, une fête « aéronautique » fut décidée. Pilâtre de Rozier était sur les rangs et après quelques projets plus ou moins réalisables, il fut décidé de réquisitionner le ballon d'Étienne.


Pilâtre de Rozier choisit comme passager et aide le chimiste Louis Joseph Proust, qui avait donné des cours à son musée et qui était passionné d'aérostation. Le ballon étant conçu pour les hautes altitudes, des expériences étaient prévues.


Un essai captif fut réalisé où le ballon resta cinq heures en l'air. Le ballon fut donc expédié à Versailles.


Le 23 juin 1784, le ballon baptisé en l'honneur de la reine La Marie-Antoinette s'éleva à nouveau devant le roi de France et celui de Suède, à Versailles, emmenant Pilâtre de Rozier et Joseph Louis Proust. Ils montent régulièrement, se dirigeant vers le nord. Ils vont atteindre l'altitude estimée de 3 000 mètres après avoir traversé les couches nuageuses. Hors de la vue du sol, dans le froid et les turbulences ils décident de redescendre. Après 45 minutes de vol, ils ont parcouru 52 km et se posent après avoir dépassé Luzarches, entre Coye et Orry-la-Ville avant la forêt de Chantilly. Comme souvent sur ces premières montgolfières une fois posées, le foyer n'est plus assez actif pour fournir suffisamment d'air chaud mais assez pour brûler une partie du ballon. Ils durent déchirer la base de la montgolfière et la foule des badauds acheva de détériorer le reste.


Trois records du monde sont battus : distance, vitesse, altitude.


Étienne Montgolfier désira plus tard récupérer le ballon, mais il n'était vraiment pas récupérable et le gouvernement n'accepta plus de donner d'argent pour sa réparation.


Pilâtre désirait réaliser la traversée de la Manche dans le sens France-Angleterre, moins aisé car contre les vents dominants. Dès le mois d'août 1784, encouragé par son voyage de Paris à Chantilly, il avait rencontré le physicien Pierre-Ange Romain pour l'étude d'un ballon capable de faire la traversée. Un contrat fut même signé pour que Romain construise le ballon et l'accompagne dans l'aventure.


Au courant qu'une tentative dans l'autre sens est en projet (tentative de Jean-Pierre Blanchard financé par son ami américain, John Jeffries (en)), Pilâtre de Rozier obtient assez facilement du gouvernement français une somme d'argent pour construire son ballon. Les deux frères Romain construisirent ce dernier à Paris. Comme la traversée avec une montgolfière était impossible du fait de l'autonomie réduite de ces dernières — la masse de paille à emmener eût été énorme — il fut décidé de construire un ballon mixte, à air chaud et à gaz, assez en avance pour son temps, qu'ils appelèrent « aéromontgolfière ». Soit une charlière sphérique, et, en dessous, une montgolfière de forme à peu près cylindrique, l'ensemble faisant 22 mètres de haut.


Le ballon fut terminé en octobre 1784, mais il ne fut acheminé à Boulogne-sur-Mer qu'en décembre, le voyage étant prévu au tout début janvier. Mais en hiver, les vents ne sont pas fréquemment favorables. Ils durent attendre, Pilâtre de Rozier faisant même un voyage en bateau à Douvres où il rencontra son concurrent.


Le 7 janvier 1785, un ballon à gaz (gonflé à l'hydrogène) et piloté par Jean-Pierre Blanchard et le duc de Jeffries traversa la Manche dans le sens Angleterre-France, le sens des vents dominants.


Pilâtre de Rozier les accueille à Calais et les accompagne même à Paris, renonçant à son projet. Probablement mal reçu par le contrôleur général des finances, de Calonne qui l'a financé et voulu qu'il redore le prestige du roi, il repart et est à pied d'œuvre, à Boulogne-sur-Mer dès le 22 janvier. Pierre Romain et lui firent plusieurs tentatives qui s'avérèrent infructueuses. Les jours puis les mois commencèrent à passer, le ballon dut être réparé plusieurs fois.


Le 15 juin 1785 (à 31 ans), profitant de vents favorables, ils s'envolent. Mais un vent d'ouest les ramena vers la terre alors qu'ils s'étaient éloignés d'à peu près cinq kilomètres. À ce moment le ballon se dégonfla brusquement et ils s'écrasèrent au sol, à 300 m du rivage. Ils furent tués tous les deux sur le territoire de la commune actuelle de Wimereux (anciennement Wimille), près de Boulogne-sur-Mer, devenant les deux premières victimes de l'air. Les causes exactes de l'accident sont assez mal connues. Il ne semble pas qu'il y ait eu incendie. Il se pourrait que la soupape de la charlière actionnée pour la descente ait entraîné une déchirure du ballon à gaz, ce qui aurait pu provoquer la chute.


Voici toutefois la retranscription parue dans l’Almanach du Pas-de-Calais de 1862 (consultable aux Archives départementales du Pas-de-Calais à Dainville) d’un texte de l’Almanach d’Artois de 1785.


« Mort de l’aéronaute Pilâtre de Rozier. C’est entre Boulogne et Ambleteuse, sur une petite saillie formée par les falaises, à l’endroit où la rivière de Wimereux se jette dans la mer, que tombèrent et s’écrasèrent les infortunés Pilâtre de Rozier et Romain. Pilâtre de Rozier voulant aller de France en Angleterre et faire ainsi l’inverse de ce qu’avait fait Blanchard (c’est dans la forêt de Guînes que l’aéronaute Blanchard et le docteur anglais Jeffries sont descendus, le 7 janvier 1785, après avoir traversé le pas de Calais. Une petite colonne, construite par les soins des habitants, à l’endroit même où l’aérostat a pris terre, atteste l’heureux succès de l’entreprise de Blanchard, qui, le premier, a osé traverser les mers dans une frêle nacelle suspendue au milieu des airs.), vint établir à Boulogne son point de départ.


Après avoir hésité longtemps sur le choix d’un local, il fixa enfin son ballon et ses appareils à la porte des Dunes qui sépare la haute ville de la basse ; son atelier était adossé au rempart près de la tourelle gauche, en sortant par la porte située vers la mer.


On sait qu’à une certaine hauteur de l’atmosphère les courants d’air varient ; Pilâtre s’était dit : si je peux manœuvrer mon ballon à volonté, seulement dans la ligne verticale, je serai libre de prendre tel ou tel air de vent ; par conséquent de naviguer vers tel point de la boussole, que je voudrai. D’après ce raisonnement spécieux, il avait adapté au pôle inférieur de son ballon une montgolfière qu’il enflait pour s’élever et qu’il resserrait pour s’abaisser, au moyen d’un réchaud dans lequel il allumait du menu bois. Ce réchaud suspendu à une poulie s’abaissait quand on voulait resserrer la montgolfière et en descendre.


Pilâtre de Rozier, depuis plusieurs mois, prolongeait son opération, retardait son départ et semblait ne vouloir jamais, faute de gaz, remplir son aérostat.


Le 15 juin 1785 au matin, après avoir annoncé son ascension pour la cinquième ou la sixième fois, son ballon étant gréé, le peuple rassemblé et le vent essayé par des ballons perdus, cet infortuné physicien, comme par un pressentiment de la funeste issue de son entreprise, hésitait et semblait prêt à différer encore son expérience. Quelques railleries qui frappèrent son oreille, à travers des murmures confus, le déterminèrent enfin. Son compagnon de voyage et lui entrèrent donc dans la galerie de leur ballon, où, élevés à une certaine hauteur, les spectateurs les remarquèrent nonchalamment assis. Le ballon flottait sans majesté à quelques mètres au-dessus du faîte d’un bâtiment neuf qui se trouvait près de l’Esplanade. Pilâtre, pour s’élever, ranima le foyer de la montgolfière, et dépassa le bâtiment. À la hauteur d’environ 2 000 mètres, le vent le portait à l’est et trop dans les terres ; le ballon ne fut qu’un instant au-dessus du détroit.


Les aéronautes ne pouvant saisir la direction de l’Angleterre, ni varier librement leur position verticale pour choisir le rhumb convenable, ni s’aider assez de leur montgolfière pour changer la pesanteur spécifique de la machine résolurent de descendre sur le point qu’ils dominaient. Le foyer fut abaissé de douze mètres environ ; la montgolfière, distendue et flasque, semblait leur permettre une facile descente ; mais la surface du ballon moins comprimée, conservant presque toute son extension, les voyageurs remontaient contre leur gré. La soupape du pôle supérieur fut ouverte pour laisser échapper le gaz ; cette soupape dont le mécanisme était totalement en fer ou en acier, altérée par la longue stagnation du ballon sur le chantier, ne put manœuvrer librement. Quelque effort que fissent les voyageurs, elle resta tout à fait ouverte par un accident quelconque. Dans cette situation, le ballon perdait tout son gaz, une colonne obscure traçait sa ligne de descente, et cette descente devint si rapide, que le foyer suspendu sous la montgolfière et presque éteint se ranima ; des étincelles s’en détachèrent, et nageant dans l’air qui remplissait le ballon à mesure qu’il s’abaissait, quelques-unes se réunirent nécessairement sur cette colonne de gaz que vomissait le pôle supérieur. Bientôt il s’enflamma ; en moins d’une seconde le ballon fut en pièces ; les aéronautes étant abandonnés toute leur pesanteur, l’accélération de leur chute n’eut plus de bornes que celle de la loi sur la descente des corps graves. Les malheureux, Pilâtre et Romain, tombant de 1 500 mètres de hauteur, vinrent s’écraser sur la pointe du Wimereux. Quelque rapide que fût l’instant qui sépara leur mort de l’inflammation du ballon, il suffit cependant pour frapper d’horreur la multitude qui avait suivi ces victimes. La consternation fut générale ; on accourut sur-le-champ à leur secours, mais tout était fini pour eux.


Pilâtre avait été suffoqué dans sa chute ; il était mort avant le choc contre terre, sa physionomie paisible le disait ; mais Romain n’avait été tué qu’à terre ; son pouls battait encore et sa face était horriblement empreinte des douleurs de sa courte agonie.


Les deux cadavres étaient moulus dans leurs parties solides : ils avaient atteint la terre presque droits et sous un angle léger ; le tibia et le péroné fracturés près de l’articulation du pied avaient pénétré le sol ; le fémur était remonté au-dessus des hanches ; les côtes semblaient se recoucher les unes sur les autres ; les vertèbres lombaires étaient disjointes.


Nous ne prolongerons pas ici le détail affligeant et pénible d’un tableau d'autant plus déchirant pour le public, que ce même public avait en quelque sorte forcé la volonté de l’infortuné Pilâtre de Rozier au moment même de son hésitation pour le départ.


La cause de cette chute n'a rien de commun avec un phénomène électrique, comme on s’était d'abord hâté de l'annoncer. C'est à l'alliance des deux moyens qu'avait voulu réunir Pilâtre de Rozier pour diriger son ballon qu'il a dû le titre de victime du nouvel art qu'il cherchait à perfectionner. C'est ainsi que presque toujours les hommes, l’individu paie la gloire qu’acquiert l'espèce.


Pilâtre de Rozier et Romain ont été inhumés dans le cimetière de Wimille, à quelque distance du point de leur chute ; un monument élevé sur le mur qui borde la grand route de Boulogne à Calais indique le lieu de leur sépulture. Ce monument n’est ni soigné, ni d’un bon style ; mais il est vénérable en ce que les mains de l’amitié seule l’ont élevé. »