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LA BIBLE | TR Histoire
Jardin d'Eden | TR Histoire

La Bible est un ensemble de textes considérés comme sacrés chez les juifs et les chrétiens. Les différents groupes religieux peuvent inclure différents livres dans leurs canons, dans un ordre différent. Les textes des livres eux-mêmes ne sont pas toujours identiques d'un groupe religieux à l'autre. La Bible hébraïque est dite en hébreu TaNaKh, acronyme formé à partir des titres de ses trois parties constitutives : la Torah (la Loi), les Nevi'im (les Prophètes) et les Ketouvim (les autres écrits). Elle fut traduite en grec ancien à Alexandrie. Cette version, dite de la Septante, fut utilisée plus tard par Jérôme de Stridon pour compléter sa traduction latine de la Bible à partir de l'hébreu (la Vulgate) et par les « apôtres des Slaves » Cyrille et Méthode pour traduire la Bible en vieux-slave. Les chrétiens nomment Ancien Testament la partie qui reprend le Tanakh. Lors du concile de Trente (1545-1563), l'Église catholique a ajouté 6 livres. La Bible chrétienne contient en outre le Nouveau Testament qui regroupe les écrits relatifs à Jésus-Christ et à ses disciples. Il s'agit des quatre Évangiles, des Actes des Apôtres, des Épîtres et de l'Apocalypse. La Bible rassemble une collection d’écrits très variés (récits des origines, textes législatifs, récits historiques, textes sapientiaux, prophétiques, poétiques, hagiographies, épîtres) dont la rédaction s’est échelonnée entre le VIIIe siècle av. J.-C. et le iie siècle av. J.-C. pour l'Ancien Testament, et la deuxième moitié du 1er siècle, voire le début du iie siècle pour le Nouveau Testament. Les versions compilées connues aujourd'hui, comme le Codex Sinaiticus pour le Nouveau Testament, sont notablement plus tardives que la période supposée de leur rédaction. Cela laisse un immense champ d'exploration aux exégètes et aux historiens et pose en termes aigus la question de l'inerrance biblique.

COMPRENDRE LA BIBLE

01

ÉDITION

2020

  

La Bible est un ensemble de textes considérés comme sacrés chez les juifs et les chrétiens. Les différents groupes religieux peuvent inclure différents livres dans leurs canons, dans un ordre différent. Les textes des livres eux-mêmes ne sont pas toujours identiques d'un groupe religieux à l'autre.


La Bible rassemble une collection d’écrits très variés (récits des origines, textes législatifs, récits historiques, textes sapientiaux, prophétiques, poétiques, hagiographies, épîtres) dont la rédaction s’est échelonnée entre le viiie siècle av. J.-C. et le iie siècle av. J.-C. pour l'Ancien Testament, et la deuxième moitié du ier siècle, voire le début du iie siècle pour le Nouveau Testament. La Bible hébraïque est dite en hébreu « TaNaKh », acronyme formé à partir des titres de ses trois parties constitutives : la Torah (la Loi), les Nevi'im (les Prophètes) et les Ketouvim (les autres écrits).

FONCTIONNEMENT |

Dans les articles suivants, cinquante passages bibliques incontournable sont expliqués dans un français simple et clair, sans jargon ou préjugé religieux. Dans chaque cas, leur récit et sens sont exposés d’une façon accessible et attrayante en moins de temps qu’il n’en faut pour épeler Nabuchodonosor. Chaque explication, d’une durée de trois minutes, est accompagnée de « trois secondes pour un sermon », donnant au lecteur en une seule phrase un aperçu, suivi de « trois minutes pour méditer » pour ceux ayant davantage de temps pour réfléchir à la signification de la Bible. Une citation clé liée au passage concerné et des références aux histoires afférentes sont également incluses.


Cette rubrique est organisée en sept grands chapitres. Nous débuterons par Au commencement avec les récits inauguraux de la Bible mettant en scène Adam et Eve ainsi que les histoires des tout premiers personnages bibliques jusqu’à Noé et son fils. Dans La Terre promise sera évoquée l’alliance de Dieu avec Son peuple élu, d’Abraham à Moïse. Quant à l’Histoire biblique, elle retrace l’épopée des anciens royaumes d’Israël et de Juda ainsi que des prophéties lançant des appels répétés à la vertu éthique et religieuse. Dans Parole e Sagesse, nous découvrirons des écrits de l’Ancien Testament comptant parmi les plus poétiques et philosophiques, embrassant les psaumes, les Proverbes et le Cantique des Cantiques, avec en point d’orgue l’histoire fascinante des épreuves de Job. Les trois derniers chapitres ont pour cadre le Nouveau Testament. Dans Un nouveau Testament sont relatés les moments clés de la vie de Jésus, depuis l’Annonciation et la Nativité jusqu’à la cène, le procès et la crucifixion. Le Fils de Dieu nous offre un florilège de paraboles et de miracles de Jésus. Le dernier chapitre, La Naissance du Christianisme, parcourt les débuts du christianisme en tant que religion, s’étendant des Evangiles au Livre des Actes et aux Epîtres pour conclure par le dernier livre de la Bible, l’Apocalypse, désigné aussi par Le Livre de la Révélation. Au fils de ce récit, nous feront connaissance avec sept personnages bibliques de premier plan, notamment Satan et Saint Paul, sept chapitres nous transportant du début à la fin du monde, et ce en moins d’une demie heure de lecture totale.


Tout comme la Bible, cette rubrique peut être lu de maintes façons différentes. Si vous la lisez du début à la fin, vous aurez un panorama d’ensemble de la portée et de la diversité sidérantes de la Bible, ponctué par certains liens entre passages souvent surprenants. Si vous optez pour une lecture plus sélective, vous partirez à la découverte de récits et de personnages individuels, rassemblant parfois à une promenade au gré des souvenirs au cours de laquelle remonteront à votre mémoire des moments fabuleux à demi oubliés datant de vos cours de catéchisme, d’autres histoires seront de véritables découvertes ou fourniront de nouveaux renseignements vous permettant de combler vos lacunes, par exemple, pourquoi Jonas a-t-il été mangé par une baleine (était-ce vraiment une baleine ?), quelle est l’origine de l’expression « Parler en langues » ?

COMPRENDRE LA BIBLE |

L'auteur s'identifie dans l'incipit comme « Pierre, apôtre de Jésus-Christ » (1P 1, 1).


La tradition a toujours considéré que la lettre était de l'apôtre Pierre.


« Pierre fait mention de Marc dans sa première épître, que dit-on, il composa à Rome même, ce qu'il signale lui-même en appelant cette ville Babylone, d'une manière métaphorique ...» (Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, II, 15, 2).

« De Pierre on ne reconnaît qu'une épître, celle qu'on appelle « la première », et les anciens prebytres eux-mêmes s'en sont servis dans leurs écrits comme d'un texte indiscuté. » (Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, III, 3, 1).

« Après ce livre (Les actes des apôtres), il faut citer les Epîtres de Paul, à la suite desquelles on doit recevoir la première attribuée à Jean et également la première épître de Pierre. » (Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, III, 25, 1).

« Le même Papias se sert (dans Exégèse des discours du Seigneur) de témoignages de la première épître de Jean et de la première épître de Pierre. » (Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, III, 39, 17).

« Quant à Polycarpe, dans cette lettre aux Philippiens dont on vient de parler, et qui est conservée jusqu'à ce jour, il utilise des témoignages tirés de la première épître de Pierre. » (Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, IV, 14, 9).

Néanmoins les exégètes modernes se sont montrés sceptiques sur le fait que Pierre, un pêcheur de la mer de Galilée, ait pu l'écrire. Sont en cause le style cultivé de l'écriture grecque et le manque de détails personnels suggérant des contacts avec Jésus. Cependant l'auteur déclare qu'il a eu recours pour la rédaction à Silvain, et qu'il est un apôtre, « témoin des souffrances du Christ ».


Pour ces exégètes la lettre semble avoir été rédigée entre 70 et 907.


L'épître, adressée aux communautés chrétiennes d'Asie Mineure, est écrite de « Babylone » : la recherche a proposé une identification à Rome. Cette pseudonymie n'est pas évidente à corroborer avant 70 mais c'est néanmoins l'option la plus communément admise par les chercheurs.


Le chapitre 1 parle du rôle auquel le Christ était préordonné, celui de Rédempteur.


Les chapitres 2 et 3 expliquent qu'il est la pierre angulaire de l'Église, que les croyants forment un sacerdoce royal (quelquefois appelé sacerdoce universel), une nation sainte (chapitre 2, 9-10) et que le Christ a prêché aux esprits en prison.


Les chapitres 4 et 5 expliquent pourquoi l'Évangile est prêché aux morts et pourquoi les anciens doivent faire paître le troupeau.

  

LA BIBLE | BEST SELLER

Aucun ouvrage n’a eu une influence aussi profonde sur la culture mondiale que la Bible, best-seller de tous les temps. Universelle et intime, elle abonde en récits retracés au fil d’iconographies comptant parmi les plus marquantes de l’Histoire, ses codes législatifs ont influencé les systèmes juridiques du monde entier et ses versets nous éclairent sur les langues que nous parlons, sans oublier pour autant son rôle clé dans le judaïsme et le christianisme. Or, elle demeure quelque peu mystérieuse pour nombre de personnes, fourmillant d’histoires à demi remémorées, de personnages étranges et de listes rébarbatives de personnages en ayant engendré d’autres à l’infini. De fausses idées pullules sur la date à laquelle elle a été écrite, sur ses auteurs et ses finalités. De controverses prolifèrent quant à la façon de la traduire et de l’interpréter, même les chrétiens ne parviennent pas à s’accorder sur les livres qui y ont été insérés et sur ceux qui en ont été retirés. En un sens, ce n’est guère surprenant pour une œuvre rédigée et compilée au fil de nombreux siècles, tenue par deux des plus grandes religions du monde pour être d’inspiration divine, mais pouvant assurément être source de confusion. Fort heureusement, cette rubrique a pour ambition d’aider tout un chacun à s’y retrouver.

LA BIBLE | L'HISTOIRE

Avant d’aborder et de lire la Bible, il nous faut revenir en arrière et répondre à la question la plus fondamentale : Qu’est-ce que la Bible ? L’approche la plus pragmatique consister à la définir comme la réunion des premiers textes du Judaïsme et du christianisme. Il n’existe aucune version commune faisant l’objet d’un accord unanime, les Bibles chrétiennes admises comportent entre soixante-six et quatre-vingt-un livres mais ceci étant, elles sont toutes divisées en deux parties, l’Ancien et le Nouveau Testament, certaines d’entre elles incluent les apocryphes ou écrites « intertestamentaires », rédigés pendant la période séparant la fin de l’Ancien Testament du début du Nouveau Testament. Pour les Juifs, seuls trente livres de l’Ancien Testament chrétien sont canonique (c’est-à-dire acceptés comme Ecritures).


Le Tanakh (acronyme hébreu désignant l’Ancien Testament) est divisé en trois parties : la Torah (« Enseignement »), les Neviim (« Prophètes ») et les Ketouvim (« Autres écrits »). La Torah est formée de cinq premiers livres de l’Ancien Testament, de la Genèse au Deutéronome, également appelé le Pentateuque, traditionnellement censé avoir été rédigé par Moïse. Ces livres renferment les récits marquants de la préhistoire des Juifs jusqu’à l’Alliance de Dieu avec Son peuple élu ainsi que des détails sur la Loi donnée à Moïse sur le mont Sinai. Le Neviim raconte l’histoire des rois juifs jusqu’à l’exil à Babylone et la destruction du temple, ponctuée de bataille et d’évènements politiques associés à des rappels permanents par les prophètes de la volonté de Dieu. Les livres qui constituent les Ketouvim incluent des récits poétiques et philosophiques, probablement consignés pendant ou après l’exil de Babylone. Assortiment prolixe de genres et de styles, les écrits du Tanakh associent mythologie ancienne et codes juridiques, l’histoire nationale, poésies, prophéties et théologie, tous reliés par le fil commun du monothéisme éthique juif.


Rédigé en Hébreu (avec quelques brefs passages en araméen), le Tanakha occupé une place prépondérante dans la chrétienté dès le début : il est cité dans le Nouveau Testament dans la traduction grecque au IIIe siècle avant Jésus Christ, connue sous le termine de Septante (appellation se référant aux soixante-dix érudits qi l’auraient élaborée). Le Nouveau Testament, écrit en grec entre 50 et 150 de notre ère, n’est guère plus homogène que l’Ancien Testament. Composé de vingt-sept livres, il comprend les quatre Evangiles, les Actes des Apôtres, vingt et une épîtres et le livre de l’Apocalypse.

L'ÉVANGILE |

Les Evangiles (en anglais gospels, de l’anglais ancien god-spell signifiant « bonne nouvelle », lui-même emprunté au grec euanelion (eu « bon » et angelion « message ») sont uniques en leur genre : à la fois biographie historique et commentaire théologique, ils racontent la vie, les enseignements et miracles de Jésus, depuis l’annonce de sa naissance jusqu’à ses apparitions après sa résurrection, chacun d’eux a été probablement rédigé par une communauté chrétienne particulièrement associée à un apôtre spécifique dans les années suivant la mort de Jésus. Le Nouveau testament comprend les quatre Evangiles canoniques (Evangiles selon Matthieu, Marc, Luc et Jean), mais il existe de nombreux textes similaires, connus sous la désignation « Evangiles apocryphes ». Irénée de Lyon, théologien du IIe siècle, a été le premier à se faire un fervent défenseur de l’idée des quatre Evangiles canoniques, confirmée au Ve siècle. Il est frappant de constater l’existence de nombreux parallèles entre les quatre Evangiles canoniques, y compris les redondances. Les similitudes les plus notables sont à noter entre les Evangiles de Matthieu, Marc et Luc dénommés les « Evangiles synoptiques », signifiant qu’ils peuvent être regardés ensemble.

PIERRE |

Le personnage historique de Pierre est peu documenté par les sources. Simon Claude Mimouni et Pierre Maraval remarquent : « Le portrait de Pierre qui ressort des textes anciens est aussi diversifié que controversé : de ce fait, il est difficile d'en rendre compte seulement en postulant une personnalité aux traits contrastés. En réalité, les documents qui parlent de Pierre reflètent surtout la croyance et la mémoire des divers milieux chrétiens qui les ont produits [...]. Comme pour Jésus et d'autres personnalités "apostoliques", il est plus facile d'atteindre le Pierre de la tradition que celui de l'histoire ».


Les sources principales sont les suivantes : le Nouveau Testament (les évangiles, les Actes des Apôtres, les épîtres pauliniennes) ; la littérature apocryphisée (dont certains textes datant du IIe siècle) ; les textes des Pères de l'Église (en particulier Eusèbe de Césarée, auteur de l'Histoire ecclésiastique).


Le nom

Pierre s'appelle initialement Symon3 ou Simon4. Jésus lui donne le nom de Simon Kephas (grec Σιμων Κηφᾶς Simōn Kēphas ; araméen Šimʻōn Kêfâ ; syriaque Sëmʻān Kêfâ), d'après son surnom araméen hellénisé Kephas — transcrit en français Cephas ou Képhas —, qui signifie « roc ». Dans l'évangile selon Matthieu, Jésus, à partir de ce surnom, fait un jeu de mot par paronomase, d'où le nom que l'intéressé a reçu dans l'espace gréco-latin (Petros ou petra en grec, et Petrus en latin) : « Pierre (Kephas), tu es un roc (grec petros), et sur cette pierre (grec petra) je bâtirai mon assemblée (ekklésia, terme à l'origine du français église) ».


Le surnom en question semble souligner un trait de caractère de ce disciple qui occupe une place prééminente dans le groupe des douze apôtres de Jésus, aux côtés de deux autres « colonnes », Jacques le Juste et Jean de Zébédée. Il renvoie dans la culture araméenne aux notions de rocher de fondation, et/ou de solidité, de dureté ou d'inflexibilité. Jésus a ainsi pu initialement donner à Simon ce sobriquet équivalent à « Rocky » pour signifier qu'il passait pour un rustre ou un dur, l'évangéliste procédant tardivement à une reconstruction théologique par l'usage de la paronomase.


Pierre dans le Nouveau Testament


Dans les Évangiles

D'après l'Évangile selon Jean, Simon Bar-Jonas est originaire, avec son frère André et l'apôtre Philippe, de Bethsaïde. Les autres évangiles sont muets sur ses origines mais laissent penser à une activité à Bethsaïde voire à Capharnaüm : pêcheur sur le lac de Tibériade. Simon s’installe à l'occasion de son mariage dans la maison de sa belle-famille dans cette ville d'où il est peut-être lui-même originaire.


La maison familiale semble servir de base pour le début de la mission itinérante de Jésus (Mc 1,29-39). Avec son frère André, il décide d'abandonner famille et foyer pour suivre Jésus à la demande de celui-ci14 et reçoit de lui le nom de « Kephas », les évangélistes se contredisant sur le contexte dans lequel se produit l'imposition de ce nom. Pierre est toujours cité en premier de la liste des « douze » (appelés par la suite les douze apôtres). À plusieurs reprises, dans les récits, Jean et Paul reconnaissent son importance, toutefois l'auteur de l'évangile attribué à Jean cite en premier son frère André. Simon-Pierre manifeste sa foi au nom de tous les disciples : « Et vous, leur demanda-t-il, qui dites-vous que je suis ? Pierre lui répond : Tu es le Christ » (Mc 8,29). Jésus lui déclare alors solennellement : « Et moi je te dis que tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon assemblée. Je te donnerai les clefs du royaume des cieux. Ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux » (Mt 16,18-19).



Pierre a assisté et participé à plusieurs miracles ou événements majeurs de la vie de Jésus, comme la Marche sur les eaux (Mt 14,28-31), la Transfiguration, l'arrestation de Jésus, son procès, puis sa Passion. Décrit dans les Évangiles comme enthousiaste, emporté, mais parfois hésitant et faillible, il abandonne Jésus pendant la Passion malgré l'assurance qu'il avait manifestée auparavant : « Si tous viennent à tomber, moi je ne tomberai pas » (Mc 14,29). Il a regretté amèrement ce reniement : « Et Pierre se souvint de la parole que Jésus lui avait dite : Avant que le coq chante deux fois, tu me renieras trois fois. Et en y réfléchissant, il pleurait. » (Mc 14,72).


Selon l'historien Simon Mimouni, « des divergences semblent avoir eu lieu entre Jésus et Pierre », comme en témoignent l'épisode du reniement de Pierre, unanimement rapporté par les quatre évangiles canoniques, ainsi que « le "Derrière moi Satan" du Mc 8, 33 // Mt 16, 23 », parole très dure que Jésus adresse à son disciple.


Selon l'historien Géza Vermes, Pierre « totalement dévoué à la personne de Jésus, d'après le quatrième évangile, est prêt à se servir du glaive pour le protéger [Jn, 18, 10]. Pourtant sa dévotion ne l'a pas empêché de se comporter comme un lâche quand l'heure du danger sonne pour lui. Interrogé par le grand prêtre sur le parvis du Temple, il prétend ne pas faire partie des disciples de Jésus, jure même qu'il n'a « jamais connu cet homme », avant de s'enfuir ».


Dans « l'évangile de Jean, Pierre, tout comme d'ailleurs son frère André, semble avoir été le disciple de Jean le Baptiste, avant de devenir disciple de Jésus (Jn 1, 35-42) ». Dans ce même évangile Pierre apparaît en concurrence avec le disciple bien-aimé, parfois identifié à Jean, fils de Zébédée.


À l'annonce par Marie de Magdala que le tombeau de Jésus avait été trouvé vide, il fut le premier à y entrer, le « disciple bien-aimé »19 lui ayant laissé la préséance (Jn 20,5s ; Jn 21,7). Par la suite, il bénéficia avant les douze d'une apparition du Christ ressuscité (1Co 15,5).


Lors de la dernière apparition du Christ à ses disciples, il est réhabilité par Jésus à la suite de sa négation et ré-instauré dans sa mission de pasteur de l'Église : « Il lui dit pour la troisième fois : Simon, fils de Jonas, m’aimes-tu ? Pierre fut attristé de ce qu’il lui avait dit pour la troisième fois : M’aimes-tu ? Et il lui répondit : Seigneur, tu sais toutes choses, tu sais que je t’aime. Jésus lui dit : Fais paître mes brebis » (Jn 21,15-17).


Les Actes des Apôtres le montrent comme un des principaux dirigeants de la communauté chrétienne. Après la Pentecôte, c'est lui qui prend la parole et commence la prédication du message chrétien. Lors du concile de Jérusalem (vers l'an 50), il prend position en faveur de l'admission des païens dans l'Église sans leur imposer les prescriptions mosaïques telles que la circoncision ; cependant Paul lui reprochera de ménager le point de vue des judaïsants menés par certains chrétiens juifs de la communauté de Jacques le Juste, « frère du Seigneur », chef de la communauté de Jérusalem soit le premier évêque de la première communauté chrétienne (Ac 21,18) : « Mais quand Céphas vint à Antioche, je lui résistai en face, parce qu'il s'était donné tort. En effet, avant l'arrivée de certaines gens de l'entourage de Jacques, il prenait ses repas avec les païens ; mais quand ces gens arrivèrent, on le vit se dérober et se tenir à l'écart, par peur des circoncis » (Ga 2,11-12).


Lors du premier concile de Jérusalem, Pierre aurait reconsidéré son attitude. Il ouvre le débat en défendant clairement les thèses de Paul de ne pas imposer les prescriptions mosaïques aux chrétiens païens. Jacques le Juste, chef de l'Église locale (le premier évêque de Jérusalem), clôture le conseil en approuvant Pierre et Paul. Les chrétiens d'origine païenne sont libérés de l'obligation de suivre les traditions juives. Selon l'historien Géza Vermes, cependant, « il s'agit probablement d'une tentative de l'auteur des Actes de combler le fossé entre les deux personnalités de l'Église [Pierre et Paul], en présentant Pierre comme un champion des non-Juifs. » La proposition de Pierre, favorable aux chrétiens païens, serait « d'une historicité douteuse », « vu la position de Pierre prise à Antioche, et dans la mesure où il poursuivait sa mission exclusivement parmi les Juifs - n'était-il pas, selon les termes colorés de Paul "l'apôtre des circoncis", lui-même étant "l'apôtre des incirconcis" (Ga, 2, 7) ? ».


Après le Concile de Jérusalem, les Actes ne disent plus rien de sa vie.


Pierre dans la littérature patristique


Les Pères de l'Église rapportent que Pierre, après sa fuite de Jérusalem, a exercé sa mission en d'autres lieux.


D'Antioche à Rome


Fuyant la persécution, Pierre semble avoir gagné Antioche ; selon S. Mimouni, la chronologie d'Eusèbe de Césarée, qui date ce départ de 42, cadre mal avec celle tirée des Actes des Apôtres, qui situent Pierre en 42 à Jérusalem, et ce jusqu'en 43-4421. La tradition de l'Église catholique attribue à Pierre la direction de l'Église d'Antioche. Premier évêque de cette ville, une fête de « la chaire de saint Pierre à Antioche » est célébrée le 22 février depuis le ive siècle. Il serait resté sept ans à Antioche.


« La tradition [chrétienne] atteste la présence de Pierre à Rome, mais la date de son arrivée à Rome et la durée de son séjour (ou de ses séjours) sont inconnues de manière précise ».


Selon l'historien Géza Vermes, « Eusèbe affirme que [...] d'Antioche, Pierre se rendit à Rome sous le règne de Claude (41-54), à la poursuite de son adversaire de l'époque samaritaine [quand il prêchait en Samarie ], Simon le Magicien. Il débarrassa Rome du bonhomme et de son influence. Dans la capitale impériale, Pierre prêcha le message chrétien ».


Selon certains critiques qui se fondent sur l'épître aux Corinthiens (1 Co 1,12) de Paul de Tarse, Pierre aurait quitté Rome pour un voyage missionnaire qui le voit passer en Achaïe, et il a l'occasion de visiter Corinthe.


Dans la première moitié des années 50 (ou au plus tôt en 48), il est à Jérusalem. Là, lors des réunions qui seront par la suite appelées « Concile de Jérusalem », il propose la solution qui est adoptée par Jacques le Juste en conclusion de l'assemblée, sur les obligations que doivent suivre les chrétiens venant du polythéisme. Il faut que ces derniers observent un minimum de préceptes de la Torah en s'abstenant des souillures de l’idolâtrie, de l'immoralité, de la viande étouffée et du sang.


Selon la tradition, il aurait été présent à Rome lorsque Paul rédige l'Épître aux Romains, mais la critique s'interroge sur la raison pour laquelle Paul ne lui adresse pas ses salutations, dans la longue liste des disciples qui termine sa lettre.


Cette chronologie est hypothétique, mais elle est cependant compatible avec la tradition du Liber Pontificalis (rédigé en 530, ce catalogue chronologique de tous les papes repose sur des données légendaires sans que cela ne diminue l’intérêt de ce document comme source historique25), selon lequel Pierre est demeuré à Antioche pendant sept ans, et s'est fixé à Rome sous le règne de Néron. Sa trace historique était déjà hypothétique et confuse, mais elle disparaît complètement bien avant les années 60.


Dans la littérature clémentine, Pierre est décrit comme un prédicateur itinérant dans les villes de la province romaine de Syrie. Il remporte de nombreux succès contre la prédication de Simon le Mage et initie au cours de ses déplacements le futur évêque Clément qui l'accompagne. Il se rend ensuite à Rome où il gagne un affrontement contre Simon le Mage devant l'empereur Néron. La légende raconte que ce serait la prière de Pierre qui aurait provoqué la chute et la mort de Simon le Magicien, qui pour remonter dans l'estime de Néron aurait tenté de voler lors d'un spectacle dans un amphithéâtre.


De nombreux lieux à Rome gardent des traces, souvent légendaires, du séjour de l'apôtre : église Domine Quo Vadis, basilique Santa Francesca Romana, église Santi Nereo e Achilleo, tempietto dans l'église San Pietro in Montorio (autre lieu traditionnel de son martyre), Tullianum (lieu de son emprisonnement), basilique Saint-Pierre-aux-Liens. Ces lieux sont issus de traditions orales ou des récits légendaires regorgeant de prodiges fabuleux (miracles et guérisons de Pierre), tels les apocryphes Actes de Pierre, les Actes de Pierre et Paul (en), la Passion de Pierre.


La tradition du martyre à Rome


Le Crucifiement de saint Pierre par le Caravage.


Pour la tradition catholique, le séjour de Pierre à Rome semble attesté par la Première épître de Pierre (écrit que la plupart des historiens modernes, cependant, considèrent comme apocryphe, attribué à tort au disciple de Jésus ; voir à ci-dessous, la section « Écrits attribués à Pierre ») : « L’Église des élus qui est à Babylone vous salue, ainsi que Marc, mon fils » (1P 5,13), sous réserve d'admettre que le mot Babylone désigne de façon péjorative Rome en tant que ville corrompue et idolâtre, une image familière aux lecteurs de la Bible. Même si certaines traditions orientales, comme celle de l'Église nestorienne, professent que Simon-Pierre a rédigé son épître depuis Babylone28, que des humanistes comme Calvin ou Érasme ont pu prendre l'indication au pied de la lettre suivis par certains savants protestants29, pour la recherche contemporaine, il s'agit bien d'une allusion chiffrée à Rome30, allusion que l’on retrouve chez l'auteur de l'Apocalypse.


Une tradition moins assurée qui apparaît pour la première fois chez saint Jérôme en fait le premier évêque de Rome 25 ans avant son martyre.


La Croix de saint Pierre


Plusieurs textes antiques font allusion au martyre de Pierre, ainsi qu'à celui de Paul, qui se seraient produits lors des persécutions ordonnées par Néron, notamment dans l'enceinte du Circus Vaticanus construit par l’empereur Caligula, situé sur la colline Vaticane, à l'emplacement approximatif de l'actuelle basilique Saint-Pierre32, les suppliciés une fois morts pouvant être remis à leur famille pour être inhumés ou crématisés mais le plus souvent jetés dans le Tibre33. Ainsi, une tradition place même ce martyre : inter duas metas - entre les deux bornes - de la spina (pour l'explication des termes « metas » et « spina », voir l'article : Cirque romain). Le plus ancien de ces textes, la Lettre aux Corinthiens de Clément de Rome datée de 96, ne cite pas explicitement de lieu, même s'il y a diverses raisons pour penser qu'il s'agit de Rome34. Sixte V fait transférer en 1586 l'obélisque ornant cette spina sur la place Saint-Pierre.


Une vingtaine d'années plus tard, une lettre d'Ignace d'Antioche aux chrétiens de Rome comporte ces mots : « Je ne vous donne pas des ordres comme Pierre et Paul »35.


Un passage, de la fin du iie siècle, cité par Eusèbe de Césarée, indique qu'à un certain Proclus, qui se vantait que sa patrie possédât la tombe de l'apôtre Philippe, le Romain Gaïus a répondu : « Mais moi, je puis te montrer les trophées des saints apôtres. En effet, si tu veux te rendre au Vatican ou sur la voie d'Ostie, tu trouveras les trophées de ceux qui ont fondé cette Église36. » Le mot « trophée », du grec τρόπαιον, monument de victoire, dans le contexte, désignerait ici les tombes de Pierre et de Paul. C'est en tout cas sur ces sites que seront édifiées au ive siècle les basiliques Saint-Pierre et Saint-Paul-hors-les-murs qui leur sont dédiées.


Eusèbe rapporte aussi les témoignages de Denys de Corinthe et de Zéphyrin de Rome.


Clément de Rome affirme que son martyre serait dû à une « injuste jalousie » et à la dissension entre les membres de la communauté chrétienne : il y aurait eu vraisemblablement dénonciation. Selon un apocryphe, les Actes de Pierre, il aurait été crucifié la tête vers le sol. Selon la tradition, l'apôtre demande ce type de supplice par humilité, ne se jugeant pas digne de mourir comme le Christ, selon une autre version, il peut s'agir d'une cruauté supplémentaire de Néron.


Un des éléments en faveur de la « tradition romaine » de la présence de la tombe de Pierre est l'absence de toute autre revendication de sa tombe par une autre cité antique. Le séjour de Pierre et son martyre à Rome sont « quasi certains » selon l'exégète protestant Oscar Cullmann. Cependant, selon Simon Mimouni, « la fin de Pierre restera pour l'historien dans une certaine obscurité » ; « Pierre est censé avoir subi le martyre à Rome, au cours de la persécution organisée par Néron en 64 après l'incendie de la ville - accomplissant ainsi la prophétie de Jésus qui, en Jn 21, 18-19, lui a prédit « le genre de mort par lequel il devait glorifier Dieu » ».


La présence de Pierre à Rome


« Sur la présence de Pierre à Rome, seuls des textes postérieurs font état de sa venue, notamment Clément de Rome (Epître aux Corinthiens, fin du ier siècle) et Irénée de Lyon (fin du iie siècle). La mission et le martyre de Pierre dans la ville éternelle sont développés dans les écrits pseudo-clémentins, dans les Actes de Pierre, et dans les Actes de Paul, qui datent, dans le meilleur des cas, de la deuxième moitié du iie siècle. L'insistance sur la mission de Pierre à Rome est sans doute significative du type de christianisme qui s'est répandu dans la capitale impériale - autrement dit un christianisme de type pétrinien, plus attaché à la loi, et non de type paulinien, moins attaché à la loi ».


En 64, les chrétiens de Rome ont été poursuivis par Néron « non pas en tant que tels » mais sous l'accusation d'avoir incendié Rome. « La tradition chrétienne postérieure a considéré Néron comme le premier des persécuteurs », alors qu'on ne peut pas parler de persécution stricto sensu et qu'il est « préférable de considérer qu'il y a eu des troubles ». Il faut d'ailleurs noter « qu'il n'y a pas eu de victimes en dehors de Rome ».


Cette même tradition chrétienne ultérieure a rangé Pierre et Paul au rang des victimes de cette « persécution ». Selon Simon Claude Mimouni, « la tradition chrétienne la plus ancienne affirme que Pierre a été tué en 68 et que Paul l'a été en 64 », mais pour lui « il est tout à fait envisageable de penser que c'est Pierre qui a disparu le premier en 64, et Paul le second en 68 »45. Toutefois, d'autres critiques font remarquer qu'il n'existe aucune source qui établisse un lien entre cette répression et la condamnation de Paul ou de Pierre. En outre, la lettre de Clément de Rome (5,7 et 6,1) distingue clairement le martyre des deux apôtres et la « persécution » de 64. Les plus anciennes indications chronologiques au sujet de sa mort datent du ive siècle (Eusèbe de Césarée, Jérôme de Stridon) et placent la mort de Pierre peu après celle de Paul, elle-même située dans les années 67-68. Il semble que c'est seulement par la suite que la mort de Paul a été située au moment où se termine le récit des Actes des Apôtres, six ans plus tôt. L'association des deux « apôtres » donnés comme mourant le même jour de la même année, dans deux endroits différents avec deux modes d'exécutions différent, reflète probablement la totale incertitude dans laquelle se trouvaient les chrétiens au sujet de la mort de Pierre.


Les écrits attribués à Pierre


Textes canoniques

Dans le Nouveau Testament, deux textes sont attribués à Pierre : la Première et la Deuxième épître de Pierre. Leur auteur s'identifie nettement au premier apôtre : l'incipit de la première épître est « Pierre, apôtre de Jésus-Christ » (1P 1,1), renforcé dans le corps de la lettre par les mots « témoin des souffrances du Christ » (1P 5,1), et celui de la deuxième « Simon Pierre, esclave et apôtre de Jésus-Christ » (2P 1,1). Selon l'historien Géza Vermes, « la quasi-totalité des experts considèrent les deux épîtres qui portent son nom comme apocryphes : 1 Pierre date d'environ 100 apr. J.-C. et 2 Pierre, d'au moins 125 apr. J.-C., voire plus tardivement, autrement dit, ces textes sont postérieurs au décès de l'apôtre Simon Pierre ». Ce fait ne met pas en cause leur canonicité.


Écrits apocryphes


Un grand nombre d'apocryphes sont attribués à Pierre ou parlent de lui, mais ne sont pas reconnus comme canoniques par les Églises chrétiennes : les Actes de Pierre, dont la fin, dans une version remaniée, constitue la Passion de Pierre (dite du « Pseudo-Linus »), l’Évangile de Pierre, l’Apocalypse de Pierre, une Lettre de Pierre à Philippe, les Actes de Pierre et André.


Importance ou prééminence de Pierre


Aucun exégète ne conteste l'importance de Pierre par rapport aux autres disciples de Jésus ; il en est de même au début des Actes des Apôtres, bien que ceux-ci, ensuite, s'attachent plutôt à suivre Paul qui fait ainsi figure de tête spirituelle de la naissante église pagano-chrétienne.


L'importance de Pierre est reconnue par tous les chrétiens. Les difficultés entre les confessions chrétiennes, et en particulier entre catholiques et orthodoxes, sont dues à la définition exacte de la primauté de Pierre (distinction entre importance et prééminence) : pour les catholiques, il s'agit d'une primauté de juridiction, alors que pour les orthodoxes — rejoints ensuite par les anglicans — il ne s'agit que d'une primauté d'honneur. Les protestants ne reconnaissent que cette "importance" de Pierre, sans vouloir lui reconnaître une autorité prééminente. La problématique principale est que la notion de prééminence semble s'être développée dans l'Église aux iiie et ive siècles ; elle n'apparaît pas nettement dans les écritures, ni dans les documents des deux premiers siècles. Pierre est clairement le principal porte-parole de la première communauté chrétienne. Il a eu l'honneur de démarrer et guider les premiers pas de la communauté, mais par la suite il n'y a pas d'évidence d'un rôle de chef administratif ou spirituel. Jacques le mineur devient le premier évêque de l'église primitive et Paul le théologien l'artisan de la théologie ecclésiastique. Selon les traditions syriaques du premier et deuxième siècles, Pierre aurait été attaché géographiquement à l'Église d'Antioche à 500 km au nord de Jérusalem où Barnabas était l'évêque fondateur (Actes, 11, 19-26).


Les protestants et les orthodoxes ne considèrent pas qu'il y aurait une prééminence juridique ou spirituelle ni besoin d'un successeur.


Dans l'évangile selon Matthieu (16:19-19) Jésus déclare « (...) je te dis que tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon assemblée. Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux. Ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux ». L’interprétation de ce passage oppose les catholiques d'une part aux orthodoxes et aux protestants d'autre part.


Selon l'interprétation catholique, Jésus annonce à Pierre qu'il sera le fondement de son Église (ekklésia, « assemblée ») en usant d'une triple image :


La pierre : de même que Jésus est la pierre angulaire (1P 2,6-7), ainsi Pierre, en devenant son délégué sur cette terre, sera l’élément stabilisateur de son Église ;


Les clés du royaume des cieux : de même que Jésus est la Porte (Jn 10,7), ainsi Pierre, en devenant son délégué sur cette terre, aura les « clés de la ville », c’est-à-dire exercera l’autorité sur la portion terrestre du Royaume des cieux (= l’Église) ;


Le pouvoir de lier et de délier : de même que Jésus a le pouvoir de remettre les péchés (Mc 2,10), de même les Apôtres, ses délégués, pourront remettre les péchés en son nom (Jn 20,22).


Pour les protestants et les orientaux (mais aussi pour les gallicans jusqu'en 1870), c'est la déclaration de Pierre en elle-même qui serait la première pierre d'un édifice spirituel composé des pierres vivantes (tous les chrétiens) posés sur la grande pierre (rocher) qui est le Christ lui-même (1P 2,4-5). Ainsi, pour eux, l'origine de la fonction du pape romain résulterait d'une évolution historique de l'Occident et n'est pas inscrite dans le Nouveau Testament.


Les orthodoxes - qui sont organisés en patriarcats - et les protestants reconnaissent que le siège de Rome avait la primauté d'honneur, selon le canon no 6 du concile de Nicée et le canon 28 du concile de Chalcédoine. En occident et même chez les tridentins, cette compréhension était largement soutenue : ainsi, Bossuet dans la Déclaration des quatre articles et, avant, le décret Sacrosancta du concile de Constance.


La Saint-Pierre


La Saint-Pierre est fêtée par l'Église, aussi bien catholique qu'orthodoxe, le 29 juin54, date à laquelle la tradition situe le martyre de Pierre, crucifié la tête en bas dans le circus vaticanus. C'est aussi la Saint-Paul. Paul serait mort le même jour (soit la même année, soit deux à trois ans plus tard, selon les sources), décapité sur la route d'Ostie. L'apôtre des juifs et l'apôtre des gentils sont ainsi unis dans leur mort et leur fête : l'Église y voit un symbole de l'union ecclésiale.


Chaire de saint Pierre


Chaire de saint Pierre à Antioche


Le 22 février, la Tradition fête le premier siège épiscopal de Pierre. C'est dans cette ville du Moyen-Orient, à cette époque troisième grande ville de l’Empire romain après Rome et Alexandrie, que Pierre ouvre son apostolat vers les gentils. La Tradition y voit aussi le lien intrinsèque qu'il y a entre les Églises latines et orientales. La fête de la chaire de saint Pierre est très ancienne, étant attestée avec certitude à Rome au ive siècle. Pour autant, ce n'est qu'au XVIe siècle que la « titularisation » du siège est effectuée, avec l'apparition de la deuxième fête en l'honneur du siège pétrinien.


Chaire de saint Pierre à Rome


Le 18 janvier 57, la tradition fête le siège romain du pontife : cette fête, qui semble d'origine gallicane, est adoptée dans le calendrier romain tardivement : elle est fixée par le Pape Paul IV en 1557. C'est à cette époque que la fête de février est attribuée au siège d'Antioche. Après la réforme du calendrier qui a suivi le concile Vatican II, les deux fêtes ont été réunies au 22 février.


Fête de saint Pierre-aux-liens


Le calendrier romain général, jusqu'à sa révision par le pape Jean XXIII en 1960, indiquait le 1er août comme fête de Saint-Pierre-aux-Liens58. Dans l'Église orthodoxe le 16 janvier est la fête des « Chaînes de Saint Pierre ». Cette fête rappelle l'épisode raconté dans les Actes des Apôtres au chapitre 12 (Ac 12) : alors que Pierre est dans une prison de Jérusalem, un ange vient le délivrer et faire tomber ses liens. Il peut alors, croyant avoir rêvé, revenir chez ses amis, à leur grande surprise.


Le 18 novembre, les deux grandes basiliques romaines, consacrés à Pierre et Paul sont fêtées ensemble : c'est encore une fois l'occasion pour l'Église d'unir ses deux apôtres.


Pierre dans les arts et la littérature


Architecture


Un grand nombre d'églises ont été dédicacées à saint Pierre. La plus importante et certainement la première en ancienneté est la basilique Saint-Pierre, bâtie sur la tombe de l'apôtre. Les autres églises construites, à toutes les époques et en tous les lieux, marquent souvent un attachement particulier à l'apôtre et à la papauté : c'est par exemple le cas lorsque Prosper Guéranger restaure l'abbaye de Solesmes.


Arts figuratifs


Mosaïque représentant la scène de la Traditio legis.

Une image représentant les visages des apôtres Pierre et Paul est gravée sur la « tombe de l'enfant Asellus » au ive siècle.


En peinture, l'une des premières figuration de Pierre est une icône du vie siècle. Au cours des siècles le personnage reste un thème classique d'inspiration. Les épisodes évangéliques sont représentés mais on rencontre aussi couramment des scènes issues des textes apocryphes, telle son crucifiement la tête en bas.


Dans toute la chrétienté, les statues et les peintures représentant saint Pierre sont innombrables : il est traditionnellement montré comme un homme de forte stature, à la chevelure abondante, portant la barbe. Il peut être figuré debout, siégeant sur un trône, tirant des filets de pêche ou même pleurant, et souvent tenant en mains les clefs du paradis avec parfois un coq à ses pieds. Les statues de saint Pierre sont toujours présentes dans les églises cathédrales des diocèses.


Les fresques de La Vie de saint Pierre par Masolino da Panicale, Masaccio et Filippino Lippi dans la chapelle Brancacci du cloître de l'église Santa Maria del Carmine de Florence constituent un exemple de fresques de la Renaissance sur la vie du saint.


Antoine van Dyck, le représente en portrait, Tête de saint Pierre, vers 1617-1618. Le tableau est conservé au musée de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg.


Son martyre, crucifié la tête en bas, en signe d'humilité, est une figure typique de l'art religieux depuis la Renaissance.